Décryptage20 juin 2026

« Les entreprises veulent juste de la main-d'œuvre pas chère » : le mythe qui plombe votre recherche

L'alternance profite aux entreprises. Et aux alternants. Les chiffres officiels montrent pourquoi ce système est gagnant-gagnant — et pourquoi ce discours défaitiste vous coûte des opportunités.

C'est une phrase qu'on entend partout. Dans les couloirs des écoles, sur les forums, dans les groupes WhatsApp de promo. « De toute façon, les entreprises cherchent quelqu'un de déjà formé. » « Elles veulent un alternant pour payer moins cher un vrai salarié. » « Le système profite surtout aux recruteurs. »

Ce discours, on le comprend. Il vient d'une vraie frustration : des offres qui semblent demander 3 ans d'expérience pour un poste en alternance, des candidatures sans réponse, l'impression de ne jamais cocher toutes les cases.

Mais ce discours est faux. Ou plutôt : il est partiel. Et en l'acceptant, vous vous faites du mal avant même d'avoir commencé.

L'alternance est un système conçu pour être gagnant-gagnant

Ce n'est pas une opinion. C'est la logique sur laquelle tout le dispositif a été construit.

Du côté de l'entreprise, oui, il y a des avantages financiers réels. Une aide à l'embauche, des charges allégées, un salaire calculé en pourcentage du SMIC selon l'âge. Ces mécanismes existent précisément pour inciter les entreprises à recruter des profils juniors et à investir dans leur formation.

Du côté de l'alternant, les avantages sont tout aussi concrets : un salaire pendant ses études, une expérience professionnelle réelle sur le CV, un diplôme reconnu, et souvent un pied dans la porte d'une entreprise qui peut déboucher sur un CDI.

Les deux parties tirent profit du système. Et c'est exactement ce qui était recherché.

Oui, certaines entreprises « profitent ». Et certains alternants aussi.

Soyons honnêtes. Il existe des entreprises qui utilisent l'alternance de mauvaise foi — pour combler un poste permanent avec quelqu'un de moins cher, pour confier des tâches répétitives sans vrai accompagnement, pour enchaîner les alternants sans jamais recruter. Ça existe. Ce n'est pas la majorité, mais ça existe.

Mais il existe aussi des alternants qui utilisent le dispositif pour d'autres fins que la formation — le salaire en premier lieu, ou le statut étudiant, sans réel projet professionnel derrière.

Dire que « les entreprises profitent » sans voir l'autre côté du miroir, c'est une vision incomplète. Le système a des dérives des deux côtés. Ce qui ne l'empêche pas de fonctionner remarquablement bien pour ceux qui jouent le jeu.

Recruter un alternant, c'est du temps — et le temps, c'est de l'argent

C'est l'argument qu'on oublie systématiquement dans ce débat. Recruter un alternant, ce n'est pas juste signer un contrat et encaisser les aides. C'est :

  • Rédiger une offre, trier des candidatures, faire des entretiens
  • Désigner un maître d'apprentissage qui va dédier une partie de son temps à la formation
  • Intégrer quelqu'un qui ne connaît pas encore les codes de l'entreprise
  • Accepter que les premières semaines soient une montée en compétences progressive, pas une contribution immédiate

Pour une PME de 10 personnes, prendre un alternant représente un vrai investissement en temps et en énergie. Ce n'est pas anodin. Les entreprises qui recrutent des alternants font un choix — souvent un choix sincère de former quelqu'un, de lui transmettre des savoir-faire, et potentiellement de le garder ensuite. C'est un engagement social et humain.

« Ils veulent quelqu'un de déjà qualifié » — le piège mental à éviter

Cette phrase, vous vous la dites peut-être aussi quand vous cherchez un CDI. C'est le même mécanisme : on regarde une offre, on ne coche pas tous les critères, et on se convainc qu'on ne correspond pas.

Les offres d'alternance qui semblent chercher un profil surqualifié ont souvent été rédigées par quelqu'un qui ne maîtrise pas tout à fait ce que le poste exige vraiment. Ou elles décrivent le profil idéal — pas le profil minimum. Ce n'est pas la même chose.

Un recruteur qui publie une offre d'alternance sait qu'il va former la personne. Par définition. C'est le principe du contrat. Si le candidat était déjà expert, il n'aurait pas besoin d'être en alternance. Ne vous auto-éliminez pas sur la base d'une lecture trop littérale des critères.

Ce que ce discours vous coûte vraiment

Accepter l'idée que « le système est truqué » ou que « les entreprises ne veulent pas vraiment de vous », ça a des conséquences concrètes :

  • On candidate moins, parce qu'on se dit que ça ne sert à rien
  • On bâcle les candidatures, parce qu'on n'y croit plus vraiment
  • On perd en confiance, ce qui se ressent en entretien
  • On rate des opportunités réelles, parce qu'on n'a même pas postulé

C'est ce cercle-là qu'il faut casser.

Ce qui fait vraiment la différence

La vraie question n'est pas « est-ce que les entreprises veulent me former sincèrement ? » Elle est : « est-ce que je mets toutes les chances de mon côté pour que ma candidature soit remarquée ? » Ce qui fait avancer une recherche d'alternance, c'est l'organisation et la régularité — pas la conviction que le système est contre vous.

  • Avez-vous un CV qui valorise correctement ce que vous avez déjà fait, même si c'est peu ?
  • Vos lettres de motivation sont-elles vraiment adaptées à chaque entreprise, ou envoyez-vous le même texte partout ?
  • Suivez-vous vos candidatures de façon structurée, ou vous perdez-vous en route ?
  • Relancez-vous les entreprises qui n'ont pas répondu ?

Ce sont ces questions-là qui déterminent le résultat. Pas le cynisme ambiant.

L'alternance fonctionne. Les chiffres le disent.

Ce ne sont pas des arguments de recruteur. Ce sont des données publiques issues de la DARES, de l'INSEE et du portail officiel de l'alternance.

En emploi

2 sur 3

apprentis, 6 mois après le diplôme

En emploi à 18 mois (CAP)

63 %

contre 36 % en voie scolaire

Signent un CDI

55 %

6 mois après (contre 41 %)

Des employeurs d'alternants

62 %

ont moins de 10 salariés

2 apprentis sur 3 sont en emploi six mois après leur diplôme. C'est le chiffre du ministère du Travail, confirmé année après année. Sur certains niveaux comme le CAP ou le BTS, les apprentis trouvent un emploi bien plus vite que leurs homologues issus de la formation initiale classique.

À niveau de diplôme égal, l'apprentissage donne un avantage réel. Selon la Direction générale du Trésor, au niveau CAP, 63 % des apprentis sont en emploi 18 mois après leur formation — contre seulement 36 % pour les élèves issus de la voie scolaire classique. L'écart est massif.

Le CDI arrive plus vite. 55 % des apprentis en emploi six mois après leur diplôme ont signé un CDI, contre 41 % pour les diplômés de la voie scolaire. Moins de CDD, moins de galère à l'entrée dans la vie active.

Les entreprises qui recrutent des alternants sont majoritairement des petites structures. 62 % des employeurs d'alternants ont moins de 10 salariés. Ce ne sont pas des grands groupes qui « utilisent le système » à grande échelle — ce sont des PME et des TPE qui s'engagent sur un profil junior, souvent parce qu'elles veulent vraiment former quelqu'un dans la durée.

Et la raison principale pour laquelle les entreprises recrutent un alternant ? Selon une enquête du Céreq et de la DARES, 63 % des employeurs déclarent avoir recruté un alternant pour pouvoir embaucher quelqu'un de qualifié à l'issue de la formation. Pas pour « avoir de la main-d'œuvre pas chère » le temps d'un contrat. Pour recruter.

Ce n'est pas le signe d'un système qui exploite. C'est le signe d'un système qui, quand il est utilisé correctement, tient ses promesses des deux côtés. Ne laissez pas un discours défaitiste vous priver d'une opportunité qui peut changer la trajectoire de votre parcours.

Sources : Direction générale du Trésor (nov. 2025), Ministère du Travail / Portail de l'alternance, Céreq-DARES enquête EFE-a 2021, InserJeunes (DEPP-DARES).

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